J’ai regardé pas mal de séries TV, mais peu de personnages m’ont autant marqué que Ragnar Lothbrok. Le légendaire Viking de Kattegat démontre la complexité du travail du scénariste et représente un bel exemple de comment faire évoluer un protagoniste au fil de la narration. Dans cette analyse, je me pencherai sur le parcours de Ragnar, ses motivations, et sur ce qui fait de lui une figure si emblématique dans l’histoire de la télévision.
Les origines modestes de Ragnar Lothbrok
Ragnar est à ses débuts un humble fermier. Il habite une petite maison avec sa femme Lagertha et ses deux enfants, Bjorn et Gyda. Mais son ambition est déjà claire : il veut voyager. Plus encore, son rêve est de parcourir et découvrir de nouvelles terres sur lesquelles pourront s’installer ses pairs. Dès les premiers épisodes, on ressent cette fougue d’un jeune homme qui a soif de nouveauté.
C’est à mon sens ce qui inspire et plaît quand on rencontre Ragnar. Il a l’étoffe d’un héros. Fin stratège et guerrier redoutable, il aspire à de grands exploits pour son peuple. Il rêve de nouvelles terres pour les siens, et son courage ménera les vikings par-delà ses ambitions. Sa force de caractère impose le respect et force l’admiration.
Le leadership, ou l’histoire du fermier Ragnar devenu roi
Brillant orateur, inspirant, conquérant, empathique, charismatique… Ce sont d’autant de qualités qui définissent Ragnar Lothbrok, incarné parfaitement à l’écran par l’acteur Travis Fimmel. Le leadership de Ragnar s’introduit dès les débuts de la série, lorsqu’il tient tête au comte Jarl Haraldson quant aux expéditions. L’écriture du personnage se précise à ce moment-là. Ragnar devient intépide, déterminé, imperturbable, et ces traits de caractère le suivront durant tout son règne en tant que comte puis roi.
Il y a un autre aspect de sa personnalité qui se confirme au fil de ses aventures : son sens de la stratégie. Lothbrok est réfléchi. Il ne prend pas de risques inutiles et veille toujours à mesurer l’impact de ses décisions pour son peuple. Il sait apprécier les conseils et recommandations de ses pairs, mais lorsque vient le moment de trancher, il reste l’unique maître et décisionnaire. Même l’organisation de sa propre mort est le résultat de calculs : il sait que son fils Ivar aura la vie sauve, il sait que ce dernier racontera comment le roi est mort et il sait l’impact d’un tel évènement pour son peuple. Il sait qu’il sera vengé. Il sait.
Ragnar, un personnage sociable qui tisse des liens
L’un des traits qui m’a particulièrement saisi chez Ragnar, c’est la façon dont il a noué des relations. Floki, son fidèle ami constructeur de navires, représente à mon sens ce qu’on pourra penser d’une relation toxique. L’un et l’autre savent et mesurent l’amour fraternel qu’ils ont envers eux. Floki cherche constamment l’aval de son ami, et Ragnar revient toujours vers Floki. Quand ce dernier tue Athelstan, il pensait (espérait peut-être ?) que son châtiment serait la mort. Et c’est là que l’écriture du personnage de Ragnar s’assombrit. Il laisse Floki en vie, non pas par pure sympathie, mais parce qu’il sait que son ignorance et son mépris le blesseront plus que la mort. Et cette torture mentale durera jusqu’au départ de Ragnar pour l’Angleterre, où il lui glissera un « je t’aime » d’adieu.
L’autre personnage clé que je me dois de mentionner est bien évidemment Athelstan. Recueilli en tant qu’esclave de Ragnar, ces deux-là ont par la suite tissé une relation que personne ne prévoyait. Le personnage d’Athelstan est indispensable pour l’évolution de Ragnar. Alors qu’il a toujours cherché à découvrir le monde, ce protagoniste-là va permettre à notre Viking préféré de se découvrir lui-même, en tant qu’être humain. L’ouverture d’esprit que demande cette relation avec Athelstan est bien plus profonde que l’on peut le penser. Le Viking va s’ouvrir à une nouvelle religion sans jugement ni orgueil comme la plupart de ses confrères. Il apprend aussi à se remettre en question. Il accepte pleinement ce nouvel ami et cherche sincèrement à le connaître.

En guise de preuve d’amitié ultime, Ragnar enterre son ami en haut d’une montagne car « c’est le plus près de ton dieu que je peux te mener« . Il prononce ces paroles qui sont restées gravées dans ma mémoire : « Nous ne nous reverrons jamais, mon ami. J’ai l’impression que ton dieu pourrait s’opposer à ce que je te rende visite au paradis« . En termes d’écriture, on sent que c’est le début de la fin pour Ragnar Lothbrok. Son innoncence du début, cette petite lueur d’espoir qui brillait dans ses yeux… C’est fini.
Bien évidemment, on pourrait aussi longuement parler des nombreuses conquêtes du Viking, sans oublier sa progéniture, mais celà rendrait l’analyse fastidieuse… Sûrement pour un nouvel article !
Ragnar Lothbrok : Un homme devenu demi-dieu ?
Se présentant souvent le maître du temps, Ragnar en vient à défier ses dieux. Il cherche sans cesse à changer le destin et entreprend plus d’une fois à se mettre en travers des décisions d’Odin. Il essaie de tuer son fils Ivar le Désossé, pensant que son handicap ne le rend pas digne d’être son enfant. Il triomphe d’innombrables batailles, jamais sans mal, mais jamais mort. Il choisit sa propre fin quand il se rend délibéremment chez le roi Ælle, en sachant pertinemment le sort qui l’attend. C’est un point de rupture énorme. Il est si charismatique, si omniprésent, si indispensable pour la série qu’on ne l’imagine pas mourir, et encore moins comme ça.
Quand il revient de sa retraite au cours de la saison 4 (après avec combattu contre son frère Rollo), ses fils et son peuple lui reproche cette absence, et on sent le personnage s’éteindre petit à petit. Mais il reste le roi Ragnar ! Il a jusque-là toujours défié la mort. Il l’a même simulé. Toute la bravoure dont il fait preuve laisse penser qu’il se rapproche davantage d’un dieu que d’un homme. Sa réputation et la crainte qu’il inspire aux autres renforcent ce sentiment. Ragnar meurt, certes, mais il mérite sa place d’homme parmi les dieux (ou de dieu parmi les hommes ?).
Ragnar Lothbrok est indéniablement l’un des personnages de séries TV les plus emblématiques. Son évolution témoigne du talent d’écriture du scénariste et producteur Michael Hirst (Vikings, Les Tudors). Il démontre également des responsabilités qui incombent les auteurs, notamment dans leurs choix d’écriture. Ragnar Lothbrok devait à l’origine mourir dès la première saison, mais Hirst a trouvé plus judicieux de laisser le personnage vivre plus longtemps. Pari réussi !


