Blink Twice est le premier film de Zoë Kravitz en tant que réalisatrice. Elle invite du beau monde puisque l’on retrouve Channing Tatum (Magic Mike, To the Moon), Naomi Ackie (Star Wars épisode IX, The End Of The Fucking World) et Adria Arjona (Hit Man, Six Underground). Retour sur la sortie cinéma de la rentrée !
Des vacances de rêve sur une île paradisiaque
Blink Twice c’est l’histoire de deux copines, Frida (Naomi Ackie) et Jess (Alia Shawka), qui sont invitées par le milliardaire Slater King (Channing Tatum) pour des vacances tous frais payés. Elles acceptent l’invitation et se retrouvent sur une île, coupées du monde extérieur, avec d’autres amis de leur hôte. Fête, alcool et drogues sont au rendez-vous. Après l’euphorie, elles se rendent compte qu’il se passe des choses bizarres sur cette île paradisiaque. Et c’est en fait bien plus terrible qu’elles ne le pensent.
Pendant près de deux heures, le film aborde divers thèmes, de la dynamique de genre à la critique des abus, en passant par les relations toxiques et les addictions. C’est bien construit, le malaise prend place peu à peu et on est loin de se douter de ce qui se trame réellement. Néanmoins, pas d’inquiétude puisque le film nous montre, non sans brutalité, les horreurs qui se cachent sur ce coin de paradis.
Attention spoilers : Si tu n’as pas vu Blink Twice, l’aventure s’arrête ici pour toi !
En quoi Blink Twice est d’actualité ?
Blink Twice, ou l’abus de pouvoir à son paroxysme
Les premières minutes du film donnent envie d’être riche. Soirée chic, verres de champagne en main, invités de prestige au gala de charité du géant King Tech… C’est si beau. Il y a ensuite l’arrivée en jet privé sur l’île, la plage au sable fin blanc, l’eau turquoise… Et l’incroyable maison ! Puis ça vire à l’oppression. On se rend compte que les hommes sont amis et qu’ils ont ramené cinq femmes qui ne se connaissent pas. Ils exercent un pouvoir insidieux sur elles, les réduisant à des objets dépersonnalisés (mêmes tenues, parfums, attitudes…). Cette déshumanisation progressive est à la fois glauque et dérangeante, et encore, on ne mesure pas encore la gravité de la situation.
Slater incarne parfaitement ce charme toxique : il est beau, charismatique, influent, très riche. Il use de ses atouts pour obtenir ce qu’il veut et il sait l’effet qu’il fait. Frida est complètement folle de lui et honorée qu’un homme aussi puissant que lui daigne lui donner de l’attention. Ce rapport de force illustre bien la dynamique de pouvoir entre les deux personnages, où la manipulation émotionnelle et l’asymétrie de pouvoir conduisent inévitablement à une domination de Slater.

Cette dynamique évoque les scandales dans le monde people, où le charme cache bien souvent des abus de pouvoir plus sombres. Toutes ces célébrités adorées, dont on envie parfois le train de vie, sans savoir ce qu’elles font réellement. On dit souvent qu’il ne faut pas rencontrer ses idoles car on pourrait être déçu si l’interaction s’avérait désagréable. C’est un peu ce que fait ressentir Blink Twice, la désillusion qui rappelle que le pouvoir et le luxe peuvent dissimuler des actes ignobles et immoraux.
Blink Twice, le film de tous les excès
C’est un autre thème qu’aborde le long-métrage : l’outrance. Pas seulement dans l’alcool et les drogues. Le besoin démesuré de tout avoir. Le milliardaire qui s’en va sur son île (rien que ça) après avoir essuyé un scandale. L’excès de contrôle, représenté par les tenues et parfums choisis pour les femmes (alors que les hommes n’ont pas de dress code imposé). L’opulence visuelle et les décors accentuent aussi cette idée de too much, une belle façade qui cache une brutalité sans nom.
La bande de Slater incarne aussi cet aspect. Ils sont tous très riches et influents, et ils exploitent leur position pour exercer ce contrôle malsain sur les femmes qui les entourent. Ces dernières se doivent de sourire, être belles et se taire. King répète sans cesse « Est-ce que tu passes un bon moment ? ». Cette question ne sert qu’à savoir si les drogues qui sont administrées aux victimes font toujours effet. Lorsque Frida et Sarah redeviennent lucides, elles ont du mal à répondre honnêtement étant donné qu’elles savent ce qu’il se passe. Elles sont violées chaque soir, puis droguées pour ne plus se souvenir. Le pire dans tout ça ? Elles sont les seules de l’île à ne pas le savoir.
Ces excès se manifestent également à travers l’environnement même de l’île. Les employés, comme la femme qui fait boire du venin à Frida, sont conscients des pratiques de leur patron mais restent invisibles. Loin d’être de la complicité, cette absence de résistance renforce plutôt l’atmosphère oppressante du film, illustrant à quel point le contrôle de Slater est total et impuni.

Blink Twice, ou la dynamique de genre
Zoë Kravitz le confiait à un journaliste, Blink Twice est inspiré du mouvement #MeToo qui émerge en 2017 notamment avec le scandale Harvey Weinstein. Le script se dessine au fil du temps pour donner naissance à Pussy Island, nom qui sera finalement abandonné car jugé trop misogyne. Et c’est un choix plutôt judicieux le nouveau titre est très révélateur.
En effet, Frida n’imagine son discours prémonitoire mais « Clignez deux fois des yeux si je suis en danger » n’est pas qu’un titre et une ligne du script. C’est aussi la situation de beaucoup de femmes entourées d’hommes riches, puissants, et qui peuvent s’adonner aux pires actes parce qu’ils se sentent (se savent ?) intouchables. Quand Frida lance cette petite boutade au psychologue de Slater, Rich (Kyle MacLachlan), il sourit simplement. Il sait ce qu’il se passe sur cette île. Pire encore, il connait le passé de Slater et Frida. Et pourtant, il se contente de cligner des yeux, tel un signe annonciateur malgré lui. Not all men ? Oui mais non. Car l’impunité avec laquelle ces messieurs abusent des femmes n’est pas secrète dans leur milieu, en témoignent les nombreux clichés pris par les abuseurs au cours de leurs aventures sur île. Et cette solidarité révolte.

Mais que se passe-t-il quand le phénomène de dynamique de genre dégénère ? Stacy (Geena Davis), la sœur de Slater, en est le parfait exemple. Elle incarne l’intériorisation de la mysogynie. Lorsque le venin agit et qu’elle se souvient de ce qu’elle a subi, sa colère la pousse à tenter de tuer Frida. Elle dit préférer oublier car « c’est un cadeau ». Mais après avoir été poignardée, elle demande de l’aide à Frida, qui lui répond séchement : « J’ai essayé, salope ». Ce moment montre que la deconstruction est un processus difficile et courageux : reconnaître qu’on est victime tout en comprenant qu’on peut participer activement à la perpétuation d’un problème, voire devenir un bourreau.
Blink Twice, le film de l’année ?
C’est un pari réussi pour le premier film de Zoë Kravitz. Blink Twice peut se vanter d’un casting convaincant, un storytelling captivant, de l’horreur finement ficelée, un bel ensemble en somme. L’avertissement en début de visionnage n’est pas à prendre à la légère, le film se montrant très brute et explicite par moments (violences sexuelles). J’ai trouvé la première partie du long-métrage assez lente et redondante, mais l’idée était peut-être d’illustrer la perte des repères et du temps des personnages.
Ce qu’on retient c’est surtout que Blink Twice est tristement d’actualité. Bien qu’il ne soit pas insipiré d’un fait réel précis, il fait très directement écho à plusieurs affaires qui ont secoué la presse people ces dernières années (surtout l’île de Jeffrey Epstein) et même plus récemment en France avec l’affaire des viols de Mazan. C’est un film important qui, bien que pas parfait, peut contribuer aux débats sociaux contemporains. À voir absolument.


