La Chute de la maison Usher est une mini-série Netflix diffusée sur la plateforme en octobre 2023. Elle raconte le déclin de la famille Usher, dont les membres meurent successivement dans de terribles accidents. L’histoire est tirée de la nouvelle éponyme d’Edgar Allan Poe, un poète américain du XIXème siècle. Si tu n’es pas fan de lecture, tu vas adorer l’adaptation de cette œuvre sur petit écran.
DISCLAIMER : Des spoilers de la série sont présents dans cet article.
L’écriture des personnages : la force de cette série
Certaines prestations font parfois penser que les acteurs étaient destinés à jouer leur rôle. Je pense notamment aux travaux immenses de Travis Fimmel en tant que Ragnar Lothbrok dans la série Vikings. La Chute de la maison Usher donne ce même ressenti. Des jumeaux Usher aux enfants, chaque personnage a sa place et chaque jeu d’acteur apporte grandement à l’intrigue.
Verna, entité démoniaque aux milles formes, est incarnée par Carla Gugino. On retrouve l’actrice dans de nombreux long-métrages comme San Andreas ou Jessie, ou encore dans la première saison de The Haunting of Hill House. Ce personnage est la clé de la série. Mystérieuse, secrète, omnisciente et omniprésente, elle se charge du sort de chaque Usher, sans toutefois restée impassible. Alors qu’elle reprend la vie de chacune de ses « victimes » sans le moindre scrupule, la mort de Lénore est la seule véritablement regrettée de toute la série. Comme quoi les démons ont aussi des émotions.
Le duo Roderick-Madeline (Bruce Greenwood-Mary McDonnell) est un bel équilibre entre remords et assomption. Tandis que le patron de Fortunato se voile la face sur les raisons de tous ces décès, Madeline, elle cherche à défier la mort à plusieurs reprises. Son désir de tout contrôler semble insatiable. Lors de la discussion du pacte avec Verna, elle voulait déjà imposé « ses termes », ce à quoi l’entité a sagement répondu « on vient de le faire ». Ambiance. Roderick, quant à lui, paraît effacé, presque ahuri que tout se passe comme convenu. Ce n’est qu’après la mort de ses trois derniers enfants, et l’apparition de Verna à l’église, qu’il comprend finalement la raison de tous ses malheurs.
Parlons des enfants Usher. Ils sont tous plus détestables les uns que les autres. En plus d’être pourri gâtés, ils ont un rapport très particulier à l’argent. D’ailleurs, chaque héritier a sa propre « couleur », et leurs morts successives font penser aux sept péchés capitaux. Si j’ai particulièrement détesté Frederick, sa fille Lénore est à l’inverse dotée de qualités humaines exceptionnelles. Elle n’hésite pas à confronter son père et l’avocat de la famille pour protéger sa mère. Malheureusement, le contrat condamne toute la descendance Usher. Cela pousse à se demander : les enfants sont-ils bourreaux ou victimes ?
Et bien sûr, mention spéciale pour l’avocat Arthur Pym (Mark Hamill), qui s’occupe des casseroles de la famille. Avec son air mystérieux et ses prises de parole brèves, il représente parfaitement l’image qu’on pourrait se faire d’un avocat véreux. Il agit dans le seul but de satisfaire les intérêts des Usher et, même lorsqu’il rencontre Verna, il ne cherche pas à sauver sa peau. Il sera finalement le seul à payer le prix devant la Justice, une responsabilité qu’il assumera la tête haute.
Le rôle du procureur dans l’avancée de l’intrigue
Auguste Dupin (Carl Lumbly) a une position très intéressante qu’il me semble pertinent d’analyser. Appelé par Roderick Usher le jour même de l’enterrement de ses trois derniers enfants, Dupin passera les 8 épisodes de la série assis sur son fauteuil. Alors qu’il cherche à faire condamner cette famille depuis des décennies, tous les travers et secrets qu’elle cache lui sont révélés. Comme quoi, fallait juste demander poliment.
Tel un « Mon Père j’ai péché », Roderick se livre à cœur ouvert et dévoile les coulisses de sa fortune, de son ascension chez Fortunato à sa vie personnelle. On apprend qu’Annabelle-Lee, sa première femme, a été tué mais aussi et surtout la fin tragique de l’ex-PDG de l’entreprise pharmaceutique. Le procureur n’émettra jamais de jugements de valeur, même quand Roderick lui expliquera comment il l’a piégé avec l’aide de sa sœur.
Silencieux, effacé par moments mais jamais vraiment absent, Dupin n’est plus en position d’investigateur mais aussi en ami. Il renoncera aussi à entacher la réputation de la famille Usher, quitte à abandonner l’enquête de sa vie. Les enregistrements des confessions de Roderick ne seront jamais rendus publics.
La tourmente, omniprésente durant toute la série
Entends-tu cette petite cloche ? C’est le bruit des péchés dont tu ne t’es pas repenti.
Il faut attendre la fin de la série pour comprendre quel crime les jumeaux Usher ont commis. J’ai cherché et faire un pacte avec le diable n’est pas puni par la loi. Par contre, tuer quelqu’un en le murant dans les locaux de son entreprise, ça c’est du pénal. Et c’est cette cloche arborant le costume de l’ex-patron de Fortunato, Rufus Griswold, qui sonne aussi la fin de la course pour les Usher.
Les enfants Usher tourmentent également leur père. Les apparitions aux enterrements mais aussi dans les locaux de Fortunato font partie de la pénitence du patron. Aussi, alors que Roderick explique les derniers instants de sa progéniture, ils apparaissent chacun leur tour dans son ancienne maison, comme pour ajouter au tourment dont il est victime. Roderick ne raconte pas sa vie à Dupin par pur plaisir, il est véritablement contraint par les cadavres de sa descendance.

Le pilote, ou l’art de présenter une intrigue
Je suis fan de ces séries où on nous montre TOUT dès les premières minutes. C’est exactement ce qu’il se passe avec la maison Usher. Toutes les morts, avec leurs codes couleurs associées, sont présentes dans le premier épisode. Seulement, et c’est là tout l’intérêt d’un tel choix, on ne peut le comprendre qu’en ayant visionné l’intégralité de l’œuvre. C’est donc le genre de séries qu’il faut regarder plusieurs fois pour saisir toutes les subtilités qu’elle offre. J’en suis à mon 3ème visionnage et j’en apprends encore, c’est pour dire…
Le premier épisode est sombre, à l’image de la série. Il pose le cadre avec brio, sans envahir le spectateur d’informations. On veut en savoir plus, on veut comprendre ce qu’il se passe. On a tout les éléments pour, mais on doit attendre à la fin pour emboîter chaque pièce à sa place. C’est l’un des meilleurs pilotes que j’ai pu voir.
J’ai adoré la Chute de la Maison Usher.
C’est bien écrit, captivant et ça pousse à la réflexion. C’est une excellente série d’horreur qui ne tombe pas dans le too much. C’est gore par moments, mais pas sans en faire trop. Et finalement, la question qu’impliquent toutes ces péripéties est « simple » : Es-tu prêt à TOUT pour réussir ?


