Phénomène Netflix, La Plateforme est de retour sur le numéro 1 du streaming pour un deuxième volet. Milena Smit (La Petite Fille sous la neige) et Hovik Keuchkerian (La Casa de papel) s’échangent les répliques dans le même format, une prison verticale où une plateforme pleine de nourriture passe d’étage en étage. Et, une fois encore, le long-métrage laisse place à beaucoup d’interprétations…
La Plateforme 2 : Une lutte des idées
La plateforme 2 raconte ce qu’il se passe dans la fosse avant le premier film. On découvre deux clans, d’une part ceux qui veulent un partage équitable des plats ; d’autre part ceux qui refusent de se soumettre aux « lois » établis par leurs pairs.
Les loyalistes appliquent le principe de partage de façon violente. Si un prisonnier meurt, son plat doit être jeté car il devient une source de conflit (qui d’autre est le plus « légitime » pour le manger ?). Les individus qui ne respectent pas ces lois se voient couper un bras ; s’ils récidivent, ils sont attachés nus à la plateforme, ainsi condamnés à une morte lente et douloureuse. Cette Loi est peut être qualifiée d’injuste car elle n’est pas équitable, dans le sens où tous les plats ne se valent pas : par exemple, Perempuan a choisit des croquettes et Zamiatin une pizza entière. Les loyalistes mettent en place un régime totalitaire, où seule la parole du « Messie » fait foi. L’idée de totalitarisme est d’ailleurs renforcée par le fait que ce messie est aveugle.
Les barbares sont contre cette vision de « partage » à l’extrême. Ils mangent tout ce qu’ils veulent et n’hésitent donc pas à priver les autres de leur part. Ce groupe représente l’égoïsme, l’idée selon laquelle la survie individuelle prime sur le collectif. Sans aucune notion de communauté, ils utilisent également la violence pour imposer leurs idéaux.
L’opposition entre loyalistes et barbares illustre la lutte constante des idéologies. Chaque camp croit détenir la vérité sur la manière de survivre dans la fosse, mais La plateforme 2 montre avec justesse l’échec des deux clans à instaurer une véritable justice. Galder Gaztelu-Urrutia, le réalisateur, confirme ce propos : il ne s’agit pas de donner une réponse au spectateur. Personne n’a raison ni tort, le but du film étant de permettre à chacun de se faire sa propre opinion.
La plateforme 2 : Quelques explications sur le film
Le Chien de Goya
Le tableau que recherche Perempuan est une peinture qui la tourmente, ayant causé la mort du fils de son ex. Cette tragédie a aussi contribué au succès de l’artiste-peintre, dont les œuvres se sont vendues à plusieurs millions d’euros à la suite de l’accident.
Le Chien est une peinture de Francisco de Goya (1746-1828), artiste et graveur espagnol. Il a réalisé ce tableau pendant la période de ses « Peintures Noires », alors qu’il se rapproche de la mort. Tout comme Perempuan dans La Plateforme 2, Goya peint directement sur les murs de sa maison. Tous deux sont tourmentés, désespérés, et trouvent en la peinture un effet cathartique.
Ce parallèle entre Goya et Perempuan renforce l’idée d’une connexion intime entre la souffrance personnelle et l’expression artistique. Il montre également comment ces tourments peuvent à la fois détruire et permettre l’élevation. Pour le personnage de La Plateforme 2, la peinture va en effet servir de poison et lui permettre de contourner le gaz de l’administration, l’aidant à percer les mystères de la Fosse.
Pourquoi les enfants sont le message ?
La fosse est le miroir de la société. Les gens sont corrompus moralement et leur perversité les conduit à accomplir les pires atrocités : meurtres, cannibalisme, mutilations… Ils font preuve d’un manque d’humanité criant, protégeant à tout prix leurs intérêts personnels.
Tout comme Goreng dans le premier film, Perempuan trouve un enfant dans la Fosse, un élément qui porte plusieurs significations (de mon point de vue) :
- Seules des choses pures peuvent remonter au niveau 0. Les plats présentés sur la plateforme sont d’une pureté indiscutable, comme l’illustre la scène où le chef de la cuisine tue un cuisinier pour un poil sur la panna cotta. Les enfants, symboles de pureté, représentent également l’idée que tout ce qui remonte doit être sans défaut, définie par le CNRTL comme « état de celui/ce qui est sans souillure, sans corruption« .
- L’acceptation est le premier pas vers l’évolution. Dans les deux films, c’est un enfant au dernier étage de la fosse qui est trouvé par un adulte. L’enfant, incapable de s’en sortir seul, a besoin de l’aide de l’adulte pour remonter, ce qui requiert un effort significatif. De son côté Perempuan a besoin de l’assistance de Goreng pour lâcher prise (tout comme Goreng a eu besoin de Trimagasi). Cela illustre le sacrifice et la force de caractère nécessaires pour engendrer un changement dans une société corrompue.
Le « message » est donc porté par un enfant, l’être le plus vulnérable de la plateforme (et de la société), qui incarne l’espoir d’une l’humanité tournée vers un modèle moins destructeur. L’enfant représente les générations futures, dont on espère qu’elles feront mieux. Pour cela, elles doivent cependant rester exemptes des erreurs du passé pour construire un monde meilleur.
La Plateforme 3 ?
De nombreuses questions demeurent en suspens après ces deux films : qui est réellement l’administration ? Quel est le but de l’enfermement des prisonniers ? Pourquoi voit-on des enfants jouer tout au long du deuxième opus ? Bien que Netflix n’ait pas encore communiqué sur un éventuel troisième film, on ne peut s’empêcher d’espérer qu’une suite vienne enfin éclaircir tous ces mystères. Pour l’instant, on reste un peu sur notre faim…
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