L’Odyssée de Christopher Nolan est sorti ce 15 juillet. Premier film de l’histoire entièrement tourné en IMAX 70 mm, il ne peut être vu dans les conditions voulues par son réalisateur que dans 41 salles dans le monde, dont une seule en France, à Montpellier. Derrière la prouesse technique se cache une question qui s’impose désormais : le cinéma est-il en train de devenir un loisir de luxe ?
Une mise en scène pensée pour l’immersion
Est-ce un tournant ? Jusqu’à présent, les longs-métrages alternaient le format IMAX 70 mm avec d’autres plus classiques pour s’adapter aux standards des multiplexes. Ce séisme technique, dont l’onde de choc est arrivée jusqu’en France, a poussé le cinéma Pathé Odysseum de Montpellier à se doter du tout premier projecteur IMAX 70 mm de l’Hexagone.
L’impact visuel est sans précédent. L’IMAX offre une résolution et une profondeur de couleur que le numérique ne peut pas reproduire. Le résultat offre une expérience unique pour le spectateur, qui se retrouve « écrasé » par le cadre immersif de l’installation, et donc du film.
C’est là que réside le fond du problème. Si un film est pensé exclusivement pour l’IMAX 70 mm, quid des projections dans des salles de cinéma classiques ? Assistons-nous à une fracture ?
Une expérience à deux vitesses
En 2016, Ang Lee sortait Billy Lynn’s Long Halftime Walk, pensé et tourné exclusivement en 4K, 3D et 120 images par seconde. Seules 5 salles dans le monde pouvaient projeter le film dans son format original. Dix ans plus tard, L’Odyssée reproduit le même schéma à plus grande échelle.
En imposant l’IMAX 70 mm, Christopher Nolan ne livre pas un film prêt à la diffusion à tous les exploitants. Ainsi, la salle de cinéma n’est plus un simple diffuseur neutre, elle devient le prolongement indispensable de la mise en scène du film.
The Odyssey in IMAX vs. regular screens.
— ︎ ︎venom (@venom1s) July 17, 2026
So much of the film is lost on a regular screen.
Nolan did a disservice to the majority of viewers who don't have access to IMAX. pic.twitter.com/Mear5YNIfe
C’est ici que se crée la fracture. Passer d’un format à l’autre coupe une partie significative de l’image. Dès lors, le spectateur qui n’a pas accès aux salles disposant de ces technologies vit une expérience « au rabais ». Acheter un ticket ne suffit plus, il faut en plus pouvoir accéder à la bonne salle de cinéma.
En effet, il n’existe que 41 cinémas opérationnels dans le monde capables de projeter un film en IMAX 70 mm. Pire encore, Richard Gelfond, PDG d’IMAX, a récemment précisé que la société n’avait pas fabriqué de nouveaux projecteurs IMAX depuis environ 50 ans.
Le début d’un loisir de luxe ?
Le choix d’un format si exclusif oblige les exploitants à répercuter le prix des installations en IMAX 70 mm sur le prix des billets. À Montpellier, les tarifs démarrent à 29€ contre 15€ pour une séance standard. Cette tarification premium transforme la séance de cinéma en véritable arbitrage budgétaire : aller voir la version « originale » de L’Odyssée, c’est choisir de ne pas avoir d’autres loisirs ce mois-ci.
Cette forme de raréfaction de l’expérience, via les conditions de visionnage, transforme profondément la nature de la sortie cinéma. On s’éloigne du loisir quotidien populaire pour glisser vers un modèle plus haut de gamme. La raison est simple : seuls assistent à une œuvre ceux qui sont en mesure d’en assumer à la fois le coût et le déplacement. Le cinéma, autrefois accessible à tous, devient progressivement un club privé, où l’accès à l’œuvre complète est un privilège.
Le paradoxe est cruel : c’est le streaming qui assume désormais cet héritage populaire. HBO, Prime Video, Disney+… Ces plateformes proposent un accès illimité à des milliers d’œuvres, sans déplacement ni contrainte géographique, au même prix pour tous. Pour le prix d’un seul billet pour une séance en IMAX 70 mm à Montpellier, un foyer peut accéder à l’intégralité du catalogue d’une plateforme pendant un trimestre.
La plateforme maintient finalement le principe fondateur du cinéma populaire : une œuvre, un prix, pour tous.
Face à une concurrence accrue du streaming, et à l’essor de nouvelles habitudes de visionnage sur des réseaux sociaux comme TikTok, le cinéma cherche à se réinventer. L’expérience premium semble être une réponse de Christopher Nolan, dont le film L’Odyssée est d’ores et déjà historique. Une interrogation à laquelle le temps nous répondra : la salle obscure deviendra-t-elle un jour le loisir de quelques privilégiés ?
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