« Le football… Il a changé » disait Kylian Mbappé. Le champion du monde n’a pas tout à tort. La FIFA est passée en mode production hollywoodienne. Avec l’adoption d’un format XXL à 48 équipes et 104 matchs, contre les 32 équipes et 64 matchs traditionnels, la Coupe du Monde 2026 épouse les codes du divertissement. Décryptage d’un tournoi écrit comme une série Netflix et produit comme un blockbuster Marvel.
La Marvelisation du tournoi
Pour la première fois de son histoire, la Coupe du Monde de football s’étend de 32 à 48 équipes. Ce nouveau système, voté à l’unanimité par le conseil de la FIFA, permet désormais aux 8 meilleurs troisièmes de poule d’accéder aux seizièmes de finale, contre uniquement les deux premiers auparavant.
Dans l’industrie du divertissement, ce procédé porte un nom : la Marvelisation. La FIFA applique la logique des grands studios hollywoodiens avec leurs franchises cinématographiques comme MCU ou Star Wars. L’objectif n’est plus la rareté mais l’expansion infinie d’un univers.
L’ancien format fonctionnait comme un rendez-vous exclusif et sélectif. Ce passage à 48 équipes s’apparente à une phase de transition d’une série à rallonge. On multiplie les personnages secondaires (les petites sélections) et les sous intrigues qu’ils engendrent pour saturer l’espace médiatique.
Cette extension s’accompagne d’une logique purement commerciale. Sur le terrain, certaines places de ce Mondial 2026 s’arrachent à plusieurs milliers de dollars. Le constat est identique à Hollywood, où les grosses franchises génèrent naturellement les plus gros revenus. Des figures majeures du monde du football, à l’image de Pep Guardiola (entraineur de Manchester City), dénoncent ouvertement l’aspect financier de ce nouveau format. En voulant transformer la compétition en un blockbuster standardisé, la FIFA fait face aux mêmes critiques que Disney ou Warner : celle d’une surcharge du calendrier de production qui engendre une baisse de la qualité globale de l’œuvre.
DÉCRYPTAGE : Une Coupe du Monde réalisée par Hollywood
Le fan service et les spin-offs
Le fan service est l’ajout d’éléments superflus à une œuvre dans l’unique but de faire plaisir aux spectateurs. Cela inclut les caméos ou les répliques cultes, qui renforcent la connexion avec le public. Les spin-offs sont des œuvres créées à partir d’une œuvre préexistante à succès. Ils développent une nouvelle intrigue indépendante à partir des personnages secondaires ou un élément spécifique de l’original (à l’image de House of the Dragon, dérivé de Game of Thrones).
Ces outils scénaristiques sont mis en œuvre par les productions pour sécuriser l’audience et capitaliser sur des visages familiers sans prendre de risques. En transposant cette mécanique au football, le repêchage des meilleurs troisièmes de poule devient le fan service ultime de la FIFA. Dans l’ancien format, un faux pas scénaristique (une défaite surprise) éliminait immédiatement une grande nation. Aujourd’hui, ce système de repêchage sert de béquille narrative pour s’assurer que les têtes d’affiche restent à l’écran le plus longtemps possible.
Quant aux affrontements entre nations « secondaires », ils fonctionnent comme de parfaits spin-offs sportifs. Ils étendent la marque « Coupe du Monde » et saturent la grille des programmes sans pour autant élever l’intrigue principale (les « chocs », ces matchs en équipes favorites qui attirent le plus de spectateurs). Les diffuseurs obtiennent ainsi leur dose de contenu supplémentaire, tandis que la FIFA s’assure que le public ne zappe pas, en maintenant l’attention des supports à l’écran.
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Une Coupe du Monde à binge-watcher
9 360 minutes (hors temps additionnel). 156 heures. C’est l’équivalent des 11 films de la saga Harry Potter et du spin-off Les Animaux Fantastiques visionnés plus de 6 fois d’affilée en l’espace d’un mois et demi de compétition. Face à cette surcharge exceptionnelle de contenu, le spectateur quitte définitivement la posture classique du cinéphile pour entrer dans l’ère du binge-watching frénétique.
Avec 104 rencontres au programme, la FIFA calque désormais son modèle sur celui des plateformes de streaming comme Netflix ou Prime Video. L’événement se transforme en un flux continu d’images qu’il devient humainement impossible (ou très difficile) de consommer en intégralité en aussi peu de temps.
Le résultat est prévisible : l’audience va devoir s’en remettre aux codes de la culture VOD. Le tournoi ne se regarde plus, il se consomme à la carte. Le spectateur zappe d’un terrain à l’autre, sélectionne ses épisodes favoris et se repose massivement sur les recaps et les formats courts de TikTok, Instagram ou Twitter pour ne garder que les moments forts. La FIFA a réussi son pari industriel : transformer le plus grand tournoi de football de la planète en un gigantesque catalogue de contenus où l’algorithme de l’attention remplace la magie du direct.
La Coupe du Monde 2026 ouvre une ère inédite où la quantité prime sur la rareté. En quête d’une visibilité absolue et de revenus records, la FIFA a livré son œuvre aux algorithmes de l’attention et aux codes standardisés d’Hollywood. Certaines rumeurs parlent même d’un Mondial 2030 à 64 équipes…
Reste à savoir si cette « saison de trop » parviendra à conserver l’essentiel : l’émotion brute et l’imprévisibilité du sport. Car au cinéma comme sur le terrain, lorsque le scénario devient trop prévisible et que le film s’étire en longueur, le public finit toujours par décrocher. La FIFA a réussi son pari industriel, mais elle prend le risque le plus redouté par les réalisateurs : lasser ses plus grands fans.


